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Le 19 mars 1962 n’existe plus pour Robert Ménard, maire de Béziers

dimanche 15 mars 2015 par Luc Bentz

C’est le 14 mars 2015 que le maire de Béziers, Robert Ménard, a officiellement débaptisé la rue du 19 mars 1962 (date du cessez-le-feu qui a mis fin à la guerre d’Algérie) en lui donnant, par provocation, le nom de l’officier putschiste Hélie Denoix de Saint-Marc.
C’est le 15 mars 1962 qu’un commando OAS assassinait les éducateurs assumant la responsabilité de l’inspection des centres sociaux-éducatifs : Max Marchand, Mouloud Feraoun et leurs compagnons. Entre l’éloge de l’OAS et l’hommage à ses victimes, nous avons fait notre choix. C’est l’occasion de rappeler une intervention marquante de notre camarade Guy Le Néouannic sur ce thème.

Ainsi donc, avant la date anniversaire du 19 mars 1962 — la date qui, avec le « cessez-le-feu » officiel marque la fin réelle de la guerre d’Algérie —, le maire de Béziers, Robert Ménard, vient non seulement d’effacer la trace de l’évènement dans la cartographie bittéroise en substituant à la rue du 19 mars 1962 non pas sa dénomination antérieure mais le nom de rue Hélie Denoix de Saint-Marc, officier ayant activement participé au putsch des généraux d’Algérie en 1961 alors qu’il était commandant par intérim du 1er régiment étranger de parachutistes (1er REP)... sur fond d’hommage à l’OAS (Organisation armée secrète, partisane du maintien de l’Algérie française par tous les moyens).

La volonté de provocation révisionniste contre ceux-là mêmes qui entendaient détruire la République en instituant une dictature militaire est avérée. Sur Élie Denoix de Saint-Marc, authentique résistant déporté mais militaire dévoyé en Algérie, on pourra consulter avec intérêt ce billet du blog de l’historien Gilles Manceron sur le site Mediapart.

Mais c’est à dessein que nous écrivons ces lignes un 15 mars. C’est le 15 mars 1962 en effet que furent lâchement assassinés par un commando Delta de l’OAS, selon toute vraisemblance commandé par le lieutenant Degueldre (un autre ancien du 1er REP), des éducateurs pacifiques et désarmés : Max Marchand, ancien instituteur devenu inspecteur d’académie, chef de service aux centres sociaux-éducatifs (CSE) créés par Germaine Tillion, et les inspecteurs des centres sociaux-éducatifs, inspecteurs ou directeurs d’école parmi lesquels on comptait Mouloud Feraoun.

Nous avons déjà évoqué dans cet article l’assassinat de Max Marchand et de ses compagnons :

  • Marcel Basset, directeur du Centre de formation de l’éducation de base à Tixeraine (CSE d’Algérie) ;
  • Robert Eymard, ancien instituteur et chef du bureau d’études pédagogiques aux CSE ;
  • Mouloud Feraoun, directeur adjoint au chef de service des CSE, ancien instituteur et écrivain ;
  • Ali Hammoutène, inspecteur de l’Éducation nationale, directeur adjoint aux CSE et ancien instituteur ;
  • Salah Ould Aoudia, ancien instituteur et inspecteur des centres de la région Alger Est.
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Inauguration salle Max Marchand (2001) : intervention de Guy Le Néouannic

Il nous paraît aujourd’hui nécessaire de compléter nos écrits précédents, avec l’amical accord de l’auteur, par l’intervention prononcée par Guy Le Néouannic, ancien secrétaire général de la FEN, alors président de l’Association des amis de Max-Marchand, Mouloud Feraoun et leurs compagnons lors de la pose d’une plaque commémorative au ministère de l’Éducation nationale, en le 12 décembre 2001.

Du propos de Guy Le Néouannic, qu’on trouvera dans son intégralité en pièce jointe, nous citerons ce passage :

« Devoir de mémoire et de vérité sont les buts essentiels que notre association s’est fixés. Honorer les six hommes dont notre association porte le nom c’est honorer tous ceux qui ont été, sont et, hélas, seront victimes des mêmes intolérances et des mêmes fanatismes.

« Dire qui étaient les tueurs ce n’est pas assouvir un désir de revanche, ce n’est pas chercher à rouvrir des plaies mal cicatrisées, c’est faire œuvre d’éducation et donc de prévention en explicitant clairement l’objectif et la signification de certains actes. C’est donner son sens à l’Histoire au regard des temps présents. »

Après l’assassinat des inspecteurs des centres sociaux, Germaine Tillion avait publié une retentissante tribune dans le Monde sous le titre : « Contre la bêtise qui froidement assassine » — une formule qui, bien malheureusement, n’a rien perdu de sa pertinence.

Poursuivre, d’où qu’il vienne, le combat contre cette bêtise criminelle, d’où qu’elle vienne et quelle qu’elle soit, reste pour nous, militants laïques défenseurs de l’émancipation humaine, une exigence constante que renforce aujourd’hui le devoir de mémoire.

Le propos de Guy Le Néouannic évoque une autre victime de l’OAS, William Hassan, trésorier de la section d’Oranie du SNI, abattu devant ses élèves. On rappellera que ce militant avait été remarqué, avant-guerre, par Georges Lapierre lui-même, comme le précise sa biographique dans le Dictionnaire Maitron. C’est pour nous l’occasion de rappeler la forte personnalité que fut Alain Roumegous, décédé en avril 2014, qui fut militant jusqu’au bout, lui aussi, de l’Association des amis de Max Marchand, avec la même force de conviction.

Voir en ligne : Hélie Denoix de Saint-Marc : un héros français ? (Blog de Gilles Manceron sur Mediapart)

P.-S.

Le 8 mars 2015, la section UNSA Éducation de l’Hérault a publié le communiqué suivant :

Communiqué de Presse du 8 mars 2015

Monsieur Le Maire de Béziers, non l’histoire ne se réécrit pas.

L’UNSA Éducation de l’Hérault rappelle son opposition à toute tentative politique de réécrire l’histoire et attire l’attention de tous, éducateurs, parents d’élèves et jeunes sur les risques de falsification et de mystification autour d’événements historiques encore, aujourd’hui douloureux.

En débaptisant la rue « du 19 mars 1962 », le Maire de Béziers et sa majorité font le choix de réécrire l’histoire en effaçant cette commémoration de la fin des combats sur le sol Algérien du paysage urbain promouvant ainsi la discorde.

Alors que notre jeunesse est en quête de sens et questionne l’unité de la communauté nationale, les signes donnés par la Municipalité biterroise vont à l’encontre d’une construction équilibrée des futurs citoyens.

Dans la vie de la cité, les actes d’un Maire sont de premières importances, lorsque la seule recherche de la polémique conduit à la révision historique et la discorde civile, la limite de l’exercice est atteinte.

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