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René Teulade (1931-2014)

dimanche 16 février 2014 par Luc Bentz

René Teulade, formé au militantisme social à l’Éducation nationale et notamment au SNI, a joué un rôle personnel direct dans les politiques sociales comme président de la Mutualité française (FNMF) puis comme ministre des Affaires sociales et de l’Intégration (1992-1993). Engagé en politique sur cette terre de Corrèze à laquelle il était tant attaché, il fut pendant un quart de siècle maire d’Argentat, siégea au conseil général dont il fut vice-président, puis au Sénat. Il avait été député suppléant de François Hollande de 1997 à 2002.

René Teulade est né le 17 juin 1931 à Monceaux-sur-Dordogne (Corrèze) dans une famille modeste. Il est décédé à Paris, des suites d’un accident vasculaire cérébral, le 13 février 2014.

Orphelin de père à 12 ans, René Teulade intègre l’école normale d’instituteurs de tulle à 16 ans en 1947. Instituteur à vingt ans, il devient en 1956, professeur de collège [1] au collège d’Argentat dont il devient en 1968 directeur adjoint [2].

Militant du Syndicat national des instituteurs (SNI), René Teulade devient secrétaire départemental du SNI de Corrèze (1964-1968 [3]) puis secrétaire départemental de la Fédération de l’Éducation nationale (responsabilité exercée notamment pendant les évènements de mai-juin 1968).

Aux élections au Bureau national du SNI qui ont lieu en novembre 1967, René Teulade est candidat en position non éligible (22e) sur la liste conduite par Pierre Desvalois. En 1970, le décès subit de Georges Aulong, secrétaire-trésorier de la FEN qui se préparait à prendre la présidence de la mutuelle retraite des instituteurs, conduit René Teulade à s’y impliquer prioritairement avant d’en prendre la présidence de 1974 à 1992 [4].

René Teulade s’impliqua personnellement dans l’organisation du Comité de coordination des Œuvres mutualistes et coopératives de l’Éducation nationale (CCOMCEN, qui a préfiguré l’actuelle « ESPER ») qu’avait créé Denis Forestier. Membre de son conseil d’administration et de son bureau, il en fut même trésorier. De 1974 à 2002, René Teulade fut membre du conseil d’administration de la CASDEN-Banque populaire (vice-président à partir de 1977).

Attentif à l’information militante sur le champ économique et social, René Teulade encouragea la création du Centre de recherches économiques et sociales (CRES), créé en 1973 sur l’initiative de militants du SNI et de la FEN pour les militants des organisations de l’Éducation nationale, dans une période où ce type d’information était, notamment dans la presse, soit sous influence du courant économique libéral, soit sous influence communiste ou trotskiste. René Teulade fut président d’un conseil de gestion du CRES dès sa création, la revue mensuelle, composée de rubriques d’actualité et d’un dossier thématique, étant animée dès ses début par un noyau composé notamment de Robert Chéramy, Charles Martial et Henri Aigueperse. qui constituaient le noyau des rédacteurs [5]. Il siégea également au conseil d’administration du Centre fédéral de la FEN (actuel Centre Henri-Aigueperse/UNSA Éducation) au titre du collège des membres associés dès sa création en 1986.

Mais c’est au sein de la Fédération nationale de la Mutualité française (FNMF) que René Teulade déploya toutes ses capacités. Dès 1974, il présidait l’Union nationale des caisses autonomes mutualistes (UNCAM). Élu au conseil d’administration de la Fédération nationale de la mutualité française en 1976, il entra à son comité exécutif en 1977 et en assuma une présidence remarquée de 1979 à 1992. En effet, dès sa prise de fonction à la FNMF, il fut amené à combattre énergiquement la proposition de loi « Berger » qui entendait imposer au mouvement mutualiste un ticket modérateur d’ordre public.

Sous sa présidence, la FNMF, ne se cantonnant plus principalement au rôle d’acteur de la gestion complémentaire, s’affirma fortement dans le débat public comme porteuse de proposition pour la rénovation d’un système de santé où prévalait, en médecine de ville notamment, un système déséquilibré où la prescription s’exerçait dans un contexte libéral tandis que la dépense était socialisée.

Il siégea au Conseil économique et social (CES, aujourd’hui CESE [6] de 1980 à 1992 puis de 1998 à 2004. Il y présida notamment la section des affaires sociales, mais fut candidat malheureux à sa présidence en 1999 face à Jacques Dermagne, candidat issu du groupe patronal. Il fut également membre de la Commission nationale informatique et libertés (CNIL) de 1988 à son entrée au gouvernement en 1992.

Engagé en politique, il fut élu en mars 1989 maire d’Argentat à la tête d’une liste de gauche, puis conseiller général.

En 1992, René Teulade devint ministre des Affaires sociales et de l’Intégration [7] dans le gouvernement Bérégovoy. Malgré l’hostilité des syndicats médicaux, il fait voter une loi sur la maîtrise médicalisée des dépenses de santé qu’il préfère à la logique comptable des déremboursements [8].

Cette loi tentait pour la première fois de mettre en place les bases d’un dispositif musclé de maîtrise médicalisée des dépenses de santé. Ce texte fixait en particulier des objectifs annuels ou objectifs quantifiés nationaux (OQN) avec des sanctions en cas de non-respect : application de références médicales nationales opposables (les célèbres RMO) à chaque médecin, mise en œuvre de contrats locaux de maîtrise des dépenses dans chaque circonscription de caisse. Cette même loi Teulade posait les bases d’un système de codage des actes médicaux, des prescriptions et des pathologies et utilisait pour la première fois la notion de « dossier médical ». Elle a également créé les unions professionnelles régionales de médecins libéraux (URML) afin de contribuer à l’amélioration de la gestion du système de santé et à la promotion de la qualité des soins. Il protestera ultérieurement contre sa non-application [9].

À la veille de l’alternance de 1993 qui semblait inévitable, l’opposition s’était prononcée en faveur de dénationalisations que réalisera effectivement le gouvernement Balladur. Il était favorable à une anticipation afin de financer, pour une utilisation sociale des « bijoux de famille de la République », un fonds de réserve pour les retraites, celui-là même que proposera ultérieurement le rapport Charpin alors même qu’entretemps les actifs possédés par l’État s’étaient considérablement réduits. Il se heurta — avec regret — à une farouche opposition des haut-fonctionnaires des finances qui ne permit pas de conduire l’opération avant les élections législatives [10].

De 1993 à 2011, il fut conseiller général d’Argentat. De 1997 à 2002, il fut député suppléant de François Hollande, alors Premier secrétaire du Parti socialiste. À lla demande de ce dernier, il fut également co-président du comité économique, social et culturel du Parti socialiste à partir de 1997. En 2008, fut élu sénateur de Corrèze et devint vice-président du conseil général quand celui-ci bascula à gauche. Il avait annoncé qu’il ne se représenterait pas en 2014 à la mairie d’Argentat.

René Teulade avait notamment été en 2000 le rapporteur d’un avis du CES sur les retraites, adopté malgré l’opposition du patronat, (L’avenir des systèmes de retraite), un après après le rapport Charpin [11]. Sur la question de la capitalisation, que promouvait notamment le MEDEF, le rapport était particulièrement net :

« Le Conseil économique et social estime que le fonds de réserve, ainsi conçu et géré, constitue la forme la plus adaptée de toute démarche de capitalisation, en ce qu’il s’agit d’une démarche collective. Les autres formes de capitalisation collective pour la retraite, tels les fonds de pension privés, ne constituent pas une solution pertinente à la question de l’avenir de nos systèmes actuels de retraite » [12].

Le rapport préconisait également la création d’un « Centre national de vigilance et de garantie des retraites », première formulation de ce qui est devenu l’actuel Conseil d’orientation des retraites (COR)... où René Teulade siégait à son décès comme représentant du Sénat.

Participant à un colloque parlementaire sur la santé au travail le 12 février 2014, René Teulade fut victime d’un malaise cardiaque puis d’un accident vasculaire cérébral dont il décéda le 13 février 2014.

À l’annonce du décès de René Teulade, le président de la République, François Hollande, fit publier le communiqué de presse suivant :

François HOLLANDE exprime sa plus grande tristesse à l’annonce de la mort de René TEULADE.
Cet homme, né dans un milieu modeste, devait tout à l’école de la République. Il avait donc décidé de consacrer sa vie à une grande et belle idée : la solidarité.
Des bancs de l’école normale d’instituteurs de Tulle à la présidence de la Mutualité française, puis comme ministre des affaires sociales sous le gouvernement de Pierre BEREGOVOY, il a servi cette cause avec ardeur.
Sa mémoire est particulièrement chère à la Corrèze, qu’il a servie comme maire d’Argentat pendant 25 ans et représentée au Sénat depuis 2008.
Je perds un ami.
J’adresse à sa famille et à ses proches mes condoléances les plus émues.

Syndicaliste, mutualiste ou homme politique, René Teulade a été constamment porteur d’une orientation progressiste de la protection sociale, dans la fidélité à l’engagement humaniste qui aura été le sien.

Luc BENTZ

Sources : L’École libératrice, hebdomadaire du SNI puis du SNI-PEGC ; archives du Centre fédéral ; renseignements complémentaires et précisions d’Alain Chauvet, Pierre Desvergnes, Paul Faure, Guy Georges entre autres militants.

MAJ 20/02/2014

Voir en ligne : Nécrologie de René Teulade par Michel Noblecourt (le Monde)

P.-S.

Argentat, le 18 février 2014. — Discours de François Hollande, président de la République, en hommage à René Teulade (vidéo sur le site Dailymotion).



Notes

[1Professeur de cours complémentaire, relevant du corps des instituteurs, à l’époque

[2Plus précisément directeur adjoint de CES (collège d’enseignement secondaire), emploi correspondant à l’appellation actuelle de « principal adjoint de collège ».

[3La règle départementale étant de limiter les mandats à quatre ans, le secrétaire du SNI assumant par tradition ensuite quatre ans également à la section FEN.

[4Personnellement « très blessé » (cf. nécrologie de Michel Noblecourt dans le Monde daté des 16-17 février 2014, p. 19.), René Teulade avait été mis en cause dans une procédure concernant la MRFP. Jusqu’au bout, il réaffirma constamment « avoir le sentiment de ne jamais avoir abusé la confiance de [ses] camarades militants ».

[5Hors l’éditorial de Robert Chéramy, les articles étaient anonymes ; le dossier thématique mensuel était signé de son auteur, qui était sollicité pour sa compétence ou son intérêt pour le sujet, y compris hors les rédacteurs ordinaires

[6CESE : Conseil économique, social et environnemental

[7Depuis toujours, René Teulade contestait que la protection sociale ne fût considérée que comme un amortisseur social à la crise, alors qu’il s’agissait selon lui « d’un véritable investissement ».

[8Voir aussi une série de documents sur le site de l’Institut de recherche et documentation de la santé (IRDES, et en particulier celui-ci qui traite de la loi n°93-8 du 4 janvier 1993 (dite « loi Teulade ») et de la convention médicale qui a suivi : http://www.irdes.fr/EspaceDoc/Dossi... .

[9Nécrologie de Michel Noblecourt, dans le Monde daté des 16-17 février 2014.

[10Échange avec Luc Bentz, expert de l’UNSA pendant la préparation du rapport Teulade sur les retraites (voir plus bas dans le texte).

[11Le projet d’avis fut adopté par le CES le 12 janvier 2000 à la majorité de 100 voix (dont les organisations syndicales sauf la CFDT) pour, 62 contre (dont le groupe « des entreprises privées » et 39 abstentions (dont la CFDT)

[12Avis du CESE, p. 35.

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