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Qu’est-ce le populisme ? (Jan-Werner Müller)

vendredi 13 janvier 2017 par Benoît Kermoal

Jan-Werner Müller, Qu’est-ce que le populisme ? Définir enfin la menace, éditions Premier Parallèle, 2016.


Nous vivons une période dangereuse en France et en Europe, mais aussi dans le reste du monde comme les dernières élections américaines l’ont montrée. Les partis populistes, ou que l’on a pris l’habitude d’appeler comme tels, sont nombreux.

Certains d’entre eux ont déjà pris le pouvoir, que ce soit en Pologne ou en Hongrie, d’autres n’en sont pas très loin, comme le Front national en France ou le FPÖ en Autriche. Mais le populisme ne se situe pas obligatoirement à la droite extrême de l’échiquier politique : en Grèce, en Espagne ou en Amérique latine, plusieurs formations que l’on qualifie aussi de populistes, ont accédé au pouvoir ou en sont proches. Et à disqualifier trop rapidement toutes les tentatives de renouvellement de la démocratie libérale, à mélanger droite extrême et gauche contestataire dans un même « pot » populiste, on risque de ne rien comprendre aux évolutions actuelles.

C’est pourquoi le livre de Jan-Warner Müller, professeur de sciences politiques à Princeton, est indispensable pour mieux appréhender ce qu’est le populisme, et ce qu’il n’est pas. L’ouvrage propose une définition rigoureuse du concept, éclairé de très nombreux exemples pris pour la plupart sur le continent européen.

Si sa lecture peut parfois être difficile, puisqu’il fait référence à de nombreuses notions de philosophie politique, il ne doit pas rebuter les militants syndicaux, voire les adhérents non plus que les simples citoyens. Car nous avons toutes et tous à cœur de combattre ce qui menace aujourd’hui le bon fonctionnement de la démocratie, et ce livre fournit un éclairage indispensable sur la question.

 Définir ce qu’est le populisme

Pour mieux connaître ce phénomène et le combattre, il importe de définir ce qu’est le populisme, et c’est ce que propose ce livre passionnant.

Il faut, tout d’abord, différencier ce courant de la simple volonté de parler au nom du peuple : être proche du peuple, ne pas se considérer soi-même comme appartenant aux élites, savoir être à l’écoute de toutes et de tous, y compris des milieux populaires, cela ne caractérise pas le populisme.

Le populisme est avant tout anti-élite et anti-pluraliste. Le « nous sommes le peuple » revendiqué par ces formations, est exclusif, et il exclut de fait beaucoup de monde : les élites, que l’on juge obligatoirement corrompues, les responsables politiques, mus par leur seule ambition, bien souvent aussi les étrangers, les intellectuels, ou bien encore toutes les minorités qui recherchent une reconnaissance plus satisfaisante.

Qui vote pour les organisations populistes ? Il y a, certes, chez les électeurs l’expression d’une colère, d’une peur, et on se trouve des ennemis. Mais pas seulement : si on regarde les enquêtes électorales, on se rend compte que les vrais déclassés ne votent pas forcément pour les partis populistes, même si les moins diplômés votent pour eux. Il y a également celles et ceux qui sont arrivés à maintenir leur niveau de vie, et qui sont partisans d’une forme de darwinisme social (J’ai réussi, pourquoi pas eux ?). Tous se manifestent en défaveur de la redistribution des richesses, de la solidarité, pourtant aux fondements des régimes démocratiques.

En définitive, comme l’écrit Jan-Werner Müller :

« Les populistes considèrent que des élites immorales, corrompues et parasitaires viennent constamment s’opposer à un peuple envisagé comme homogène et moralement pur. »

  Les populistes au pouvoir : théorie et pratiques

Les populistes se perçoivent comme les seuls représentants légitimes du peuple. Du coup, ils émettent des réserves sur le fonctionnement des institutions démocratiques, lieux de débat et de la pluralité.

Les partis de ce courant pensent incarner seuls le monopole de la représentation. Mais alors pourquoi ne sont-ils pas plus rapidement au pouvoir s’ils représentent si bien le peuple ? Ils affirment, lorsqu’ils sont dans l’opposition, que la démocratie ne fonctionne pas bien. Ils incriminent la presse, les élites, la bien-pensance, et la théorie du complot n’est jamais bien loin.

Ces organisations ne sont pas toujours des partis de refus, pas seulement des partis protestataires. Avec un discours simple et clairement identifié, ils accèdent aujourd’hui de plus en plus aux premiers rôles. Une fois cela fait, ils reprennent des éléments de leur thématique, en privilégiant le contact direct avec le peuple, les mises en scène dans les médias. On accapare les rouages de l’État, en usant d’un clientélisme de masse, et surtout on jette le discrédit sur l’opposition, décrite comme le parti de l’étranger.

  Comment agir ?

Le dernier chapitre traite de la façon de se confronter au populisme. Selon l’auteur, il est avant tout essentiel de s’inscrire dans le respect de la démocratie, et d’aller au-delà de jugements moraux, mais aussi de l’attitude qui consisterait à dire « avec eux on ne discute pas ».

Puisque les populistes et leurs partisans se posent volontiers en victimes du système, il importe ainsi d’aller, au contraire, à la discussion et de répondre point par point à leur argumentaire. Le peuple n’est pas une unité intangible et c’est en cela que la démocratie représentative est le régime le plus à même de faire vivre cette diversité, et donc aussi de combattre efficacement ces courants d’idées. Il faut contester l’ensemble de la théorie de ces groupes populistes, mais aussi mettre en cause leurs pratiques politiques qui menacent la démocratie.

Même si l’auteur ne l’utilise pas, on voit donc que dans son livre, il évoque avant tout ce que l’on pourrait nommer le national-populisme. Il importe aussi de définir clairement ce qu’on entend par ce terme, d’autant qu’il apparaît par exemple dans les productions de l’UNSA Éducation et de ses syndicats pour caractériser le Front national et l’extrême droite.

Le national-populisme perçoit la situation politique du pays comme une longue décadence que seul un lien fort entre un sauveur et le peuple pourra revivifier. Ce courant affiche un nationalisme exacerbé et un rejet des élites et des étrangers, tout en utilisant des éléments idéologiques traditionnellement marqués à gauche et à droite. Ce qui prime avant tout, c’est l’affirmation d’une identité unique qui remet en cause la pluralité de l’espace public et menace le fonctionnement démocratique.

Le livre Qu’est-ce que le populisme ? a le grand mérite de donner toutes les clés pour comprendre concrètement ce que représentent les courants populistes et pourquoi le national-populisme est un danger qu’il faut combattre sans cesse. C’est pourquoi nous en conseillons vivement la lecture.

 Pour aller plus loin

En affirmant clairement leur opposition aux idées populistes de l’extrême droite en France, l’UNSA Éducation et ses syndicats montrent leur attachement aux valeurs démocratiques, progressistes et humanistes. On trouvera sur les sites Internet des prises de position régulières à ce sujet.

Voir notamment :

Benoît Kermoal

Voir en ligne : Version originelle de l’article (SE-UNSA Versailles)

P.-S.

Cet article est la reprise, très légèrement adaptée, d’une publication réalisée par notre ami Benoît Kermoal dans le rubrique « remue-méninges » du site du SE-UNSA de l’académie de Versailles.



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