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Les féministes du XVIIIe au XXIe siècle

mardi 7 mars 2017 par Benoît Kermoal, Pôle Histoire sociale (UNSA Éducation)

Histoire et mémoire du féminisme : à propos de Christine Bard (dir.) avec la collaboration de Sylvie Chaperon, Dictionnaire des féministes, France XVIIIe-XXIe siècle, PUF, 2017.
Comme chaque année, le 8 mars est la journée internationale des droits des femmes. À cette occasion, nous rendons compte du récent Dictionnaire des féministes où de nombreux parcours militants d’enseignant.e.s et de syndicalistes sont évoqués.

Dictionnaire des féministes (C. Bard, dir.)

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Voir également la fiche de l’ouvrage sur le site des PUF.

Les féministes, du XVIIIe au XXIe siècle

par Benoît KERMOAL, mars 2017.

Histoire et mémoire du féminisme : à propos de Christine Bard (dir.) avec la collaboration de Sylvie Chaperon, Dictionnaire des féministes, France XVIIIe-XXIe siècle, PUF, 2017.

Comme chaque année, le 8 mars est la journée internationale des droits des femmes. À cette occasion, nous rendons compte du récent Dictionnaire des féministes où de nombreux parcours militants d’enseignant.e.s et de syndicalistes sont évoqués.

La journée internationale des droits des femmes que l’on célèbre le 8 mars depuis des dizaines d’années ne doit pas cacher un amer constat :

Le silence est l’ordinaire des femmes,

écrit l’historienne Michelle Perrot en ouverture de son livre Les Femmes ou les silences de l’histoire. Du silence à l’oubli et à l’effacement des mémoires, il n’y a qu’un pas longtemps franchi dans la recherche en histoire mais aussi dans l’espace public : ainsi, on ne trouve aujourd’hui qu’à peine 5% de noms de femmes pour dénommer les rues des 36 000 communes françaises ! C’est peu dire, en conséquence, que ce Dictionnaire des féministes que publient les PUF comble une lacune importante.

Si les femmes ont longtemps été les absentes de l’histoire, celles et ceux qui ont agi pour la cause féministe l’ont, en effet, été encore davantage. Quelques grandes figures, telles Simone de Beauvoir ou Louise Weiss, sont connues, mais la plupart des féministes françaises depuis le XVIIIe siècle sont oubliées. Ce gros volume de 1700 pages vise à les réinscrire dans l’Histoire et à transmettre leurs parcours de militant.e.s de la cause des femmes.

Christine Bard, historienne à l’Université d’Angers et spécialiste reconnue des mouve-ments féministes, en particulier avant la Seconde Guerre mondiale, a coordonné l’ensemble de ce dictionnaire avec l’aide de Sylvie Chaperon, autre spécialiste du sujet. Des dizaines d’auteur.e.s signent des notices biographiques, mais aussi des synthèses thématiques en moindre nombre. Le but est clairement donné dans l’introduction : ce dictionnaire :

pourra accompagner les découvertes et les approfondissements pour tous les publics, à l’université, dans les médias, dans les mouvements militants. Il a aussi une ambition mémorielle.

On peut y lire une cartographie des mouvements féministes, des femmes mais aussi des hommes qui ont participé et participent encore à ces courants. C’est en effet l’une des particularités de l’ouvrage que de fournir des notices biographiques de féministes de nos jours, ancrant ainsi ce dictionnaire historique dans le présent. L’ensemble offre une vision large, plurielle, historiquement située de l’ensemble du féminisme français du XVIIIe siècle jusqu’à aujourd’hui. Le terme même de « féministe » dans une acceptation positive n’est utilisé pour la première fois qu’en 1882 par Hubertine Auclert, journaliste et suffragette décédée juste avant la Première Guerre mondiale. L’histoire du féminisme s’incarne dans cet ouvrage à travers de très nombreuses notices biographiques, fruit de recherches souvent inédites.

Nous n’évoquerons dans cette note de lecture que quelques personnalités ou des thématiques qui nous tiennent à cœur au sein du CHA/UNSA Éducation. Nous laisserons aux lecteurs le soin de parcourir plus en profondeur ce dictionnaire, en lisant toutes les biographies ou en butinant au gré des envies ou du moment.

De la journée du 8 mars à l’engagement féministe

Puisque nous avons évoqué plus haut la journée internationale des droits des femmes du 8 mars, commençons par là.

On ne trouve pas d’entrée liée à celle-ci dans le dictionnaire, mais elle est évoquée dans la notice « Internationalisme ». C’est en effet en 1910 à Copenhague que naît l’idée, lors de la deuxième Conférence internationale des femmes socialistes, d’une journée pour la mobilisation féminine au sein des organisations ouvrières ; il s’agit aussi de défendre le droit de vote des femmes et plus largement de manifester pour l’égalité des sexes.

Clara Zetkin, militante allemande, et Alexandra Kollontaï, militante russe, ont peine à convaincre l’ensemble du mouvement international socialiste de se mobiliser pour ce type d’action. Mais à partir de 1911, à une date qui varie encore selon les années, les femmes socia-listes partout dans le monde se mobilisent pour la défense de leurs droits. En 1914, pour la première fois en France, on assiste ainsi à des réunions féministes comme le relève le journal l’Humanité du 9 mars 1914. Plus tard, c’est l’URSS qui établira la journée du 8 mars comme journée des femmes en souvenir de manifestations qui eurent lieu ce jour en 1917.

L’ONU institue officiellement cette célébration en 1977, et Yvette Roudy, qui est présente dans le dictionnaire, en fera une journée officielle en France en 1982.

L’origine mal connue du 8 mars est une parfaite illustration d’une histoire et d’une mémoire du féminisme encore trop absentes. Pourtant, on peut voir aussi que la défense des droits des femmes est bien souvent associée à d’autres mouvements d’émancipation, au sein de partis politiques ou de syndicats.

Des enseignant.e.s féministes et syndicalistes

On trouve de très nombreuses notices de féministes institutrices et enseignantes dans le livre. La plupart d’entre elles ont également un engagement syndical. La notice « syndicats » due à Christine Bard pose d’emblée la question de l’engagement des femmes : doivent-elles essayer de militer au sein d’une organisation marquée historiquement par la domination masculine ?

La rareté des femmes au sein des telles organisations a longtemps été une constante du syndicalisme français. Aujourd’hui, la situation est heureusement plus favorable, puisque la question du genre et des rapports sociaux de sexe est présente dans les projets syndicaux.

Une des rares exceptions a été la présence visible des institutrices dans le mouvement syndical de l’enseignement. Anne-Marie Sohn est l’auteure d’une synthèse particulièrement intéressante à ce sujet : les institutrices dès la fin du XIXe siècle jouent un rôle essentiel dans la diffusion du féminisme. C’est pourquoi, on trouve dans l’ouvrage de nombreuses figures enseignantes syndicalistes, que ce soit Marthe Bigot, Marie Guillot, Berthe Fougère, Colette Audry, ou plus près de nous Huguette Bouchardeau. Par ailleurs, Pauline Kergomard fut la fondatrice de l’école maternelle en France, tout en étant féministe.

Rendre compte du parcours de ces militantes n’est pas chose aisée pour les chercheurs : ainsi Hélène Brion, institutrice syndicaliste, pacifiste et socialiste durant la Première Guerre mondiale est une féministe relativement connue. Pourtant, après sa mort, comme on le rappelle dans sa notice :

les carnets personnels, l’essentiel de la correspondance, des photos et des notes partent à la décharge.

Tout un itinéraire individuel, mais aussi collectif a disparu à jamais par la destruction de ces archives personnelles.

Histoire difficile à écrire, traces documentaires lacunaires, mais aussi désintérêt peut-être… Ce sont autant de choses qui expliquent la difficulté qu’il peut y avoir à faire l’histoire des féministes et du féminisme. C’est pourquoi la constitution de centres d’archives spécialisés, de lieux d’études et de conservation est essentielle pour la connaissance et la transmission de cette histoire.

Les lieux divers du féminisme

De nombreuses féministes ont également eu un parcours politique, pour une grande majorité au sein des partis communiste et socialiste. On trouve ainsi la biographie des premières ministres du Front populaire, mais aussi celle d’Yvette Roudy ou de Laurence Rossignol, actuelle ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes ainsi que celle de l’actuelle ministre de l’éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem. Ce formidable dictionnaire donne à voir la pluralité des féminismes et le foisonnement de parcours militants. Si les femmes sont les plus nombreuses, on croise aussi des hommes féministes, de Léon Blum au syndicaliste de la CFDT Marcel Gonnin, en passant par le chercheur Eric Fassin.

Dans le flot de notices biographiques d’enseignantes, on pourrait regretter l’absence de Josette Cornec, pourtant évoquée dans la synthèse sur les institutrices. Elle fut en effet une militante féministe très active au sein de la direction nationale du SNI avant la Seconde Guerre mondiale, tout en étant institutrice dans le Finistère. Mais toute entreprise de ce type appelle à des choix et à d’éventuels oublis. Comme le disent les auteur.es :

Un dictionnaire historique tel que celui-ci représente une entreprise de transmission. Il sélectionne et met en ordre ; il prend le risque de figer, de fixer.

Cela étant dit, on doit aussi souligner que de très nombreuses féministes originaires de la province sont présentes dans ce dictionnaire, ce qui en fait un élément novateur, la recherche historique ayant trop souvent tendance à s’arrêter aux portes du périphérique parisien. Des figures toulousaines ou bretonnes sont ainsi mentionnées pour le plus grand bonheur de tous les lecteurs.

Prenons un seul exemple : celui de la journaliste et poète Marie Le Gac-Salonne, plus connue sous le nom de Djénane, qui a cherché à diffuser les idées féministes partout en Bre-tagne. On découvrira l’itinéraire d’une femme marquée par ses origines, mais dotée d’une volon-té à toute épreuve pour faire connaître le féminisme, aussi aux femmes de la région qu’aux so-cialistes bretons qui l’ont accueilli dans leurs publications militantes.

Ce dictionnaire est une réussite éclatante qui rassemble des centaines de parcours militants de féministes connus ou inconnus. À la fois outil de travail, synthèse sur l’histoire du féminisme, et œuvre mémorielle, nous en conseillons vivement la lecture. Parce que les luttes féministes sont autant de luttes toujours d’actualité et que l’UNSA Éducation a fait de l’égalité femmes/hommes une de ses exigences .

B. K.

P.-S.

Pour citer cet article :
Benoît Kermoal, « Les féministes du XVIIIe au XXIe siècle », mars 2017, CHA/UNSA Éducation
http://cha.unsa-education.com/spip.php?article178


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